Hommage à Philippe Dauby

Hommage à Philippe Dauby
 
Philippe Dauby nous a quittés ce dimanche 4 mars 2018, emporté par une avalanche à Vallorcine. Témoignage...
 
Nous sommes au pied d’une grande paroi sauvage du Vercors, au petit matin. Nous avons bivouaqué 300 m plus bas, au pied du pierrier. La nuit a été fraîche, mais le souper d’hier moins rustique que prévu grâce à Solange, épouse de Philippe, qui a su, avec beaucoup d'attention, remplir la caisse qui sert de réserve à vivres de course...
 
Philippe est médecin. En semaine, il offre ses compétences et une disponibilité maximale à ses patients ; le week-end, c'est lui qu'il soigne, en prenant l'air, il respire l'odeur du ciel, comme Erhard...
 
Son sac à dos, le matos et les topos sont toujours prêts. Son bureau sur le Hac lui sert plus de camp de base que de bureau médical.
 
Entre la consultation du vendredi soir et celle du lundi matin, le créneau météo s’est annoncé favorable et c’est départ pour 800 bornes en bagnole... deux fois 800 bornes en 48 heures pour faire 300 m d’escalade. Sa vie, c'est la montagne et le plaisir de vivre, il va le chercher sans compter.
 
Quand il est dans son jardin préféré, Philippe a un moral d'acier. Pourtant, il en faut pour démarrer à froid, les doigts engourdis et maladroits. On a l'impression pourtant qu'il hésite quand il dit « je vais aller voir », mais il ne renonce pas, son déterminisme, prudent pour autant, l'amène toujours au sommet. La progression est sûre, sans hésitation, le placement des coinceurs est précis. 
 
« Belle ambiance », deux mots répétés maintes fois le long de ce week-end. C’est ce qu’il recherche dans une expé comme celle-ci, une ambiance hors du commun, atteinte grâce au mélange subtil d’un environnement unique et de conditions rustiques. Le dépaysement total réussi en deux jours sans partir de l’autre côté de la planète. Cela demande, cependant, un mental et de la condition physique. Philippe réussit à maintenir ces deux paramètres au top toute l’année et est toujours prêt au cas où l’opportunité d’une nouvelle expé se présenterait. 
 
Au sommet, c’est l’accolade chaleureuse. La photo souvenir est faite. Je me demande combien de mètres carrés Philippe aurait pu tapisser avec toutes ses photos de sommet ! 
 
Pas question de descendre en rappel, les grandes voies se font en traversée, pas en aller-retour. Philippe aime les courses engagées qui mènent au sommet, les voies à équiper soi-même. 
 
Au retour, dans la voiture, Philippe fait déjà d’autres projets. Les grandes réunions, il n’aime pas trop, il préfère rencontrer ses amis en grimpant, en randonnant, ou la guitare à la main. Il parle de matériel technique, des nouvelles vestes légères, des nouveaux topos, de catalogues de matos. C’est plus excitant de s’acheter une corde d’escalade qu’un fauteuil de salon.  
 
Il est temps de téléphoner à Solange : « Allô, chou, ça va ? On est dans l’auto, retour prévu vers minuit. Ça a été, oui, très bien, on a fait ce qui était prévu. Je travaille demain, tu peux ouvrir le cabinet pour les consultations de demain matin. Tantôt, chou, oui, oui… ».
 
Solange est prévenue, le week-end est réussi, déjà presque remplacé par les projets futurs. Pourtant, c’est de nouveau un souvenir en plus, des émotions qu’on n’oublie pas, des images ineffaçables, une tranche de vie à ne pas manquer. Au fil du temps, cette nouvelle expé prendra du sens et rien ne pourra la remplacer, même si elle sera suivie par beaucoup d'autres.
 
Merci à Philippe pour avoir partagé sa passion
Merci à Solange pour son dévouement à Philippe
Amitiés à Nicolas, Émilie et Babou, leurs enfants
 
Bruno Docquier